Traduction réalisée par la rédaction de Flash-politique.fr du document de Juan Cole, Président du Global Americana Institute.
* Il a été annoncé que Ahmadinejad a gagné la ville de Tabriz avec plus de 57% des voix. Son principal opposant Mousavi, est un Azeri de la province d’Azerbaijan, dont Tabriz est la capitale. Mousavi, selon les sondages existants en Iran, a fait ses meilleurs scores dans les villes et est très populaire en Azerbaijan. Ses meetings là bas ont battus des records. Que ce centre urbain, en Azerbaijan, aille si massivement pour Ahmadinejad ne fait pas de sens. Dans les élections précédents, les Azeris (habitants de la province d’Azerbaijan, ndlr) ont disproportionnellement votés pour des candidats présidentiels, même mineurs, qui venaient de cette province.
* Il a été annoncé que Ahmadinejad a gagné Téhéran avec plus de 50%. Encore une fois, il n’est pas très populaire dans les villes, et encore plus, dans les banlieues pauvres, en partie à cause de ses politiques qui ont produit une inflation élevée et un taux de chomage important. Qu’il ait gagné Téhéran est donc improbable, et pose des questions à propos de la véracité de ces chiffres. Ahmadinejad avait gagné Téhéran en 2005 uniquement grâce à l’abstention des réformistes.
* Il a été annoncé que Medhi Karoubi, l’autre candidat réformiste, aurait reçu 320 000 voix seulement, et qu’il aurait fait un score très faible dans l’ouest de l’Iran et aurait perdu même dans le Luristan. Il est un Lur (originaire du Luristan, ndlr) et est très populaire dans l’ouest, le Kurdistan compris. Karoubi a reçu 17% des voix lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2005. Même s’il est très possible que sa popularité ait fortement déclinée depuis, il est difficile de croire qu’il obtiendrait moins de 1% des votes. En plus, il aurait au moins fait un bon score dans l’ouest, ce qu’il n’a pas fait selon les résultats officiels.
* Mohsen Rezaie, pour qui les sondages étaient très mauvais et qui n’a pas l’air d’être très populair, aurait reçu 670 000 voix, le double du score de Karoubi…
* D’après les résultats officiels, le score d’Ahmadinejad était le même à très peu de choses près dans toutes les provinces d’Iran. Dans les élections précédentes, il y avait de très substantielles variations ethniques et provinciales.
* La commission électorale est supposée attendre trois jours avant de certifier les résultats de l’élection, et à ce moment d’informer l’ayatollah Khamenei des résultats, lui validant le processus. Le délai de trois jours est là pour que les accusations d’irrégularité dans les votes puissent être jugées. Pour cette élection, Khamenei a immédiatement approuvé les résultats allégués, sans attendre l’avis de la commission.
Je suis conscient des difficultés de comprendre l’histoire au moment ou elle se joue. (…) Mais comme première réaction, cette situation post-électorale ressemble à une scène de crime. Et voila comment je reconstruirai le crime.
Alors que les vrais résultats commencèrent à arriver au ministère de l’Intérieur dans la soirée de vendredi, il devint clair que Mousavi était gagnant. Le porte-parole de Mousavi a l’étranger, le réalisateur Mohsen Makhbalbaf, allègue même que le ministère aurait contacté le camp de Mousavi et dit qu’il allait préparer la population à cette victoire.
Le ministère a dû informer le Chef Suprême Ayatollah Ali Khamenei des résultats. Khamenei a une querelle profonde avec Mousavi depuis plus de trente ans. Il a trouvé cette issue inspportable. Et apparemment, lui et les autres dirigean étaient si certains d’une victoire d’Ahmadinejad qu’ils n’avaient pas préparés de plan d’urgence pour savoir ce qu’ils feraient si il perdait.
Ils envoyèrent alors des instructions dans le désordre à la commission électorale pour falsifier le comptage des résultats.
Cette fraude organisée au dernier moment a produit les résultats incroyables d’un raz-de-marée d’Ahmadinejad à Tabriz, Ispahan, et Téhéran.
La raison pour laquelle Rezaie et Karroubi devaient avoir des résultats si ridicules était de rendre sûr le fait qu’Ahmadinejad obtienne plus de 51% des voix et puisse éviter un second tour face à Mousavi vendredi prochain, qui aurait donné au camp Mousavi une chance d’organiser un meeting en public et, en plus, de contester les résultats du premier tour.
Ce scénario prend en compte toute les anomalies connues et est concordant avec ce que l’on sait des acteurs principaux de cette affaire.
Autre document:
Traduction exclusive réalisée par la rédaction de flash-politique.fr
Si les nouvelles qui proviennent de Téhéran sur un coup d’état électoral sont maintenues, alors l’Iran est entré dans une phase entièrement nouvelle de son histoire post révolutionnaire. Une caractéristique qui a toujours distinguée l’Iran de la plupart des dictatures du Moyen-Orient était son respect pour la voix du peuple, même quand cette voix disait ce que les dirigeants du pays ne voulaient pas entendre.
En 1997, l’entrée de l’Iran dans l’ultra-conservatisme a été empêchée par l’élection monumentale de Mohammed Khatami, un réformateur qui promettait d’apporter la règle de la loi et un visage plus humain à la dure révolution iranienne. Les autorités révolutionnaires d’alors avaient mis plus d’un an à accepter l’élection de son candidat et le choix de ces réformes, mais elles n’avaient pas falsifiées les résultats de ces élections et ont même permises sa réélection quatre ans plus tard. A la place, elles préférèrent ralentir le président dans l’accomplissement de son programme de réforme.
En 2005, il apparut qu’aucun ultraconservateur ne pourrait passer le premier tour de l’élection présidentielle ; il y eut alors des rapports crédibles faisant état de manipulation du scrutin pour assurer à M. Ahmadinejad de pouvoir affronter M. Rafsanjani dans un second tour, et de finalement, comme on le sait, de le vaincre. Cette leçon a montré que les autorités révolutionnaires ne renonceraient peut être pas à influencer les résultats dans une élection aux résultats serrés, mais qu’elles ne chercheraient pas à renverser un vote massif.
L’élection actuelle paraît remettre en cause ces règles. Les autorités révolutionnaires furent mises face à un challenger crédible, Mir Hossein Mousavi, qui avait le potentiel de défier le pouvoir en place sur certains problèmes clés. Il dirigea une campagne très efficace, et sa “vague verte” commença à être vue comme davantage qu’une vague. En vérité, beaucoup commencèrent à appeler à une Révolution Verte. Pour des autorités révolutionnaires terrifiées par la possibilité d’une révolution dans l’état, ces appels à une révolution verte ont peut être été la goutte qui a fait déborder le vase.
Sur la base de ce qu’on sait aujourd’hui, voila la séquence des évènements qui a commencée l’après midi du jour de l’élection, le vendredi 12 juin.
* Peu de temps avant la fermeture des bureaux de vote, le système de messagerie mobile SMS du pays a été coupé dans tout le pays.
* Les forces de sécurité se sont déployées en nombre dans les rues.
* Le ministère de l’Intérieur (centre électoral national) était entouré de barrières et d’hommes armés.
* La télévision nationale a commencée à diffuser des messages pré-enregistrés appelant le peuple à s’unir derrière le vainqueur.
* La campagne Mousavi a été officiellement informée qu’elle avait remportée l’élection, ce qui a peut être temporairement servi à les calmer dans un premier temps.
* Mais peu de temps après que l’information soit diffusée par Mousavi, le ministère de l’Intérieur annonce un raz-de-marée pour Ahmadinejad.
* Au contraire des élections précédentes, il n’y eut pas immédiatement de diffusion des résultats province par province, qui auraient pu fournir une voie pour juger de la crédibilité du vote.
* Un peu plus tard, les résultats annoncés par le gouvernement étaient strictement identiques dans toute les provinces, ce qui est absolument impossible.
* Moins de 24 heures plus tard, le Chef Suprême Ayatollah Khamenei annonça publiquement ses félicitations au vainqueur, confirmant apparemment que le processus était complet et irrévocable, contrairement aux exigences constitutionnelles.
* Très peu de temps après, tout les téléphones mobiles, Facebook, et les autres réseaux sociaux furent bloqués, comme tous les médias étrangers.
Tout ceci apparaît comme un coup très bien orchestré pour prendre l’opposition à revers et par surprise. La définition classique d’un coup d’état. Curieusement, ce n’était pas un coup d’état d’un groupe extérieur contre l’élite dirigeante. C’était un coup de l’élite dirigeante contre son propre peuple. (Peuple qui réagit violemment, on parle déjà de nouvelle révolution, ndlr)
Il est encore trop tôt pour tout type d’analyse compréhensive, mais voila quelques pensées de prime abord :
1. La volonté du régime d’ignorer la réalité et de fabriquer des résultats électoraux sans le moindre effort pour cacher la fraude représente un tournant historique dans l’histoire de la révolution islamique d’Iran. Tous les précédents dirigeants du pays ont montré du respect pour la voix du peuple Iranien. Cela suggère que les dirigeants iraniens sont conscients du fait qu’ils ont perdu leur crédibilité aux yeux de la plupart de leurs concitoyens, donc ils se dispensent de l’accord du peuple pour exercer leur pouvoir.
2. L’opposition iranienne, qui inclut quelques personnalités très puissantes ainsi que des instutions, a une décision très importante à prendre. Si ils sont intimidés et poussés au silence par les démonstrations de force du gouvernement, comme par le passé, ils perdront leru crédibilité, même avec leurs plus fidèles électeurs. Mais s’ils choissent d’affronter par la force le régime, ils prennent le risque de faire tomber entièrement la structure du pouvoir existante, à laquelle certains d’entre eux participent.
3. Concernant les USA et l’Ouest, rien ne les empêcherait en principe de négocier avec un gouvernement autoritaire illégitime. [Les USA] le font tous les jours, comme [les USA] l’ont fait des années (voir l’URSS.). Mais cette élection est n véritable don pour tous ceux qui ont été les plus sceptiques à propos du plan du président Obama pour conduire les négociations avec l’Iran.
(…)
Quelle que soit la manière dont les choses évolueront (ndlr, surtout dans les journées qui suivent avec la possibilité d’une véritable révolution populaire), nous vivons un évènement historique dans les 30 ans d’histoire de la révolution islamique d’Iran. Les Iraniens n’ont jamais oubliés l’intervention politique externe qui a contrariée leurs aspirations démocratiques en 1953. Comment ces jours que nous vivons marqueront-ils l’histoire ?
Toutes les informations sur la situation iranienne sur flash-politique.fr
Hello,
Can i take a one small pic from your blog?
Have a nice day
Rufor