Flash-politique.fr // La situation en Iran a empirée cette nuit, alors que dès le début de soirée à Téhéran et dans l’ensemble des centres urbains du pays les manifestations de protestation à l’encontre du pouvoir ont pris des allures de révolution.
« MORT AU DICTATEUR !»
Téhéran, la capitale du pays, est devenue « zone de guerre» . Des habitants, connectés au réseau social Twitter, qu’ils mettent à jour en permanence, témoignent : « je n’ai pas vu ça depuis 1979″ (date de la révolution islamique, ndlr). De toute la ville, on entend des cris. Toute la nuit les gens sur leurs toits ont chantés et chantent encore aux dernières informations : « DIEU EST GRAND» , « MORT AU DICTATEUR» (Ahmadinejad, ndlr).
C’est à l’université de Téhéran que la situation est la plus préoccupante. Un étudiant bloqué dans cette université tient le monde en haleine avec ses tweets. Il rend compte d’une situation très alarmante. 17 blessés graves dans son bâtiment : « on a besoin d’une assistance médicale urgente» . Aux dernières nouvelles, un dénommé Reza, proche de notre source, qui twitte sous le nom de Change_for_Iran, a besoin d’une assistance médicale au plus vite et à l’air très mal en point.
« LE PAYS NE SERA PLUS JAMAIS LE MÊME»
Un peu plus tôt dans la soirée, nous sommes parvenus à interviewer, sous anonymat, un de ces héros moderne qui informe le monde des évènements en Iran. Il nous a confié ses coordonnées en nous priant de ne pas les divulguer car « sa vie en dépend» .
(Interview réalisée en anglais)
FlashPolitique : Merci de répondre à nos questions. Vous êtes libre de ne pas répondre si vous le souhaitez, à une question qui pourrait vous mettre en danger. Quel âge avez-vous ?
Iranien : Entre 30 et 40 ans.
FlashPolitique : Pourquoi faire ce choix d’informer le monde sur Twitter ?
Iranien : Parce que les médias de masse ne font pas une couverture appropriée de ce qui se passe ici. Regardez par exemple CNN ces deux derniers jours. (NDLR : Les médias de masse commencent, à l’heure qu’il est, à couvrir les événements en Iran)
Flashpolitique : C’est une lutte pour la démocratie ? C’est une révolution ?
Iranien : Oui certainement, pour le peuple Iranien, c’est une lutte pour la démocratie, pour le respect du vote, pour le respect du choix du peuple. Je ne sais pas si c’est une révolution mais le pays ne sera jamais plus le même.
« VENEZ NOUS AIDER !»
Une autre iranienne nous informe, via Twitter, qu’elle est en train de vivre « sa deuxième révolution.» Change_for_Iran continue de nous rapporter chaque instant du siège de l’université de Téhéran. Et nous parle même des blagues que lui fait son ami Masood. En même temps, il exhorte les habitants d’Amirabad (quartier de l’université, NDLR) à se réveiller : « Il est six heures ! Amirabad, réveillez-vous ! Venez nous aider !»
Ce qui est certain, en tout cas, c’est que la mobilisation n’a pas faibli tout au long de la nuit et que des combats très violents opposent toujours à l’heure qu’il est un peu partout dans la capitale les manifestants et les milices islamiques, on parle même de miliciens Islamiques qui poursuivent à moto les manifestants, à pied…
Ce lundi s’annonce comme une journée étape dans cette Révolution, alors que, en effet, Mir Hossein Mousavi a appellé, malgré l’interdiction du ministère de l’Intérieur, à une manifestation demain, de la place Engelhab à la place Azuri. Cet appel a été relayé par sa femme, personnalité très populaire en Iran, mais pas seulement. Le candidat Mehdi Karroubi, l’ancien président (réformiste) Khatami, ont rejoints ce mouvement et appellent désormais eux aussi à la manifestation dans les rues. Ils y seront, à Téhéran. Notons que l’appel à manifestation est national.
Rafsanjani démissione
La démission de M. Rafsanjani, meneur du clergé modéré, ancien président de la République Islamique d’Iran, de la direction du Conseil des Experts d’Iran a été confirmée dans la matinée de dimanche. M. Rafsanjani est le deuxième homme le plus puissant d’Iran, après l’Ayatollah Khamenei. M. Rafsanjani s’est rendu à Qom, où siègent les plus hautes autorités religieuses, pour demander à ce que l’élection soit déclarée nulle. Sa requête devrait être examinée dans la journée de lundi et a de bonnes chances d’être acceptée, tandis que le président de la commission électorale déclarait que le résultat de l’élection de vendredi dernier n’était « pas valable.»
Les internautes se mobilisent, et les autorités religieuses du pays soutiennent la révolution de 2009
Une forte mobilisation des internautes a permis de riposter au gouvernement d’Ahmadinejad. Ce dernier avait bloqué les télécoms et les sites de l’opposition Iranienne ; en retour, des kits de piratage sont apparus qui ont permis à la communauté Twitter d’abattre en quelques dizaines de minutes le site de l’ayatollah Khomenei et de nombreux sites gouvernementaux. Les plus doués se mobilisent et se relaient pour offrir aux Iraniens qui nous informent et qui parviennent à se connecter des serveurs proxy qui leur permettent d ‘éviter la censure gouvernementale.
De son côté, le Grand Ayatollah Sanee’i, l’une des plus hautes autorités religieuses du pays, bien qu’assigné à résidence dans la journée de dimanche, a déclaré HARAM (strictement interdit) pour les musulmans de coopérer avec Ahmadinejad ou ses partisans. C’est une caution religieuse à la révolution qui se déroule, et qui devrait motiver la frange la plus religieuse des Iraniens à s’impliquer, demain, dans le combat.
La révolution twiterrisée
La couverture médiatique de cette révolution en Iran, à l’heure où nous écrivons ces lignes, semble s’améliorer considérablement du côté anglo-saxon. Côté Français, il semblerait que France24 ait abordé la situation en Iran ; on est en droit d’attendre une couverture également par BFMTV ou LCI, mais nous n’en savons rien ici, parce que nous ne captons pas ces chaînes. Mais Twitter reste la principale source de renseignements.
Nous vous le disions , nous vous en parlions hier : « la révolution sera twiterrisée» ; et notre article sur le réseau social a été très lu cette journée de dimanche. Et bien ça se confirme. CNN utilise et cite Twitter comme le premier moyen d’avoir des informations en direct sur ce qui se passe en Iran, et relaie les tweets des twiterrers Iraniens. La chaîne avait fait l’objet, toute la journée de dimanche, d’une violente campagne sur le réseau social : le hashtag #cnnfails était devenu l’un des topics les plus mis à jour, dans la journée, avant de retomber quand CNN a enfin lancé une couverture en direct des évènements sur sa version américaine et sa version internationale.
Plus d’informations sur notre fil twitter dès 11h ce matin: twitter.com/flashpolitique
Et bien entendu sur notre site, en même temps : www.flash-politique.fr .